Good Cop Bad Cop21, un projet porté par des radios associatives jeunes et libres tente un exercice complexe mais légitime d’inviter sur son plateau des intellectuels et chercheurs en sciences sociales afin de mieux comprendre leurs travaux de recherches et les concepts qu’ils développent. Nous souhaitons mettre sur le devant de la scène des auteurs majeurs qui changent notre vision du monde. Aujourd’hui : Phillippe Descola en discussion avec Christophe Bonneuil autour du concept de l’Anthropocène.

Philippe Descola, anthropologue, étudie les relations à l’environnement des Achouars de haute Amazonie et s’est consacré à l’étude du dualisme Nature/Culture, les relations entre humains et le « monde non humain ». Ce « monde non-humain » est constitué de tout ce avec quoi les humains sont en interaction constante, c’est à-dire les plantes, les animaux, les virus, le CO2 de l‘atmosphère, l’air que nous respirons, le gibier que nous chassons. Figure de proue de l’anthropologie, Philippe Descola enseigne au Collège de France.

Les négocations politiques de la COP21 font l’objet des nombreuses controverses et d’antagonismes de la part de la société civile française et internationale extrêmement mobilisées autour de cette conférence. Quel est le sentiment de Philippe Descola face à cette évènement majeur et des controverses qu’il suscite?

Comment sont composées nos forêts ? Philippe Descola nous explique les différences entre les régions, l’impact de l’homme, qu’il ait été chasseur-cueilleur ou pollueur industriel. Quelle différence entre l’anthropisation et l’anthropocène ? Pourquoi différencier nature et culture ?

Constinuités et discontinuités entre l’humain et le non-humain (Descola) ; Une nouvelle ère géologique : l’anthropocène (Bonneuil)

Dans ce document sonore, Descola aborde la question de l’animisme. L’animisme c’est quoi ? C’est l’inverse du naturalisme, selon l’anthropologue. En clair, l’animisme peut-être « défini comme un « mode d’identification », c’est-à-dire une façon de concevoir la relation entre soi et l’autre ».
Concrètement ? L’Homme insulte sa voiture ou son ordinateur lorsqu’ils tombent en panne. Comme s’ils pouvaient l’entendre ou lui répondre. Ainsi, l’animisme expliquerait que chaque forme d’existence (pas forcément des espèces vivantes donc) possède un corps, des caractéristiques qui donnent accès à un monde particulier. « Le monde d’un poisson n’est pas le monde d’un oiseau », appuie Descola. Clairement, c’est l’inverse de notre façon de voir.
Pour aller plus loin, on vous invite à visualiser cet entretien vidéo : comment les civilisations distinguent-elles humains et non-humains ? A noter également cet entretien chez Sciences Humaines avec Philippe Descola datant de 2012, sur l’animisme et sa distinction du fait religieux.
Quant à l’historien des sciences Christophe Bonneuil, son travail s’attarde sur la (fausse) promesse d’une croissance indéfinie. L’entretien donné ici plonge le nez dans ce qu’on appelle l’anthropocène. Une exploitation des ressources fossiles qui a provoqué l’avènement d’une nouvelle ère géologique. À voir, également, dans le Monde Diplomatique :
« Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? »
Un entretien audio savoureux à découvrir tout de suite, extrait du grand direct Good Cop Bad Cop depuis la ZAC de Coalition Climat, ce jeudi 10 décembre.

Droit des écosystèmes. Les modernisateurs contre les terriens.

Après notre 1/4h scientifique, retour sur le plateau de Philippe Descola et Christophe Bonneuil en interview croisée.

Descola est interrogé sur l’idée de transgression des hommes et des civilisations dans le rapport avec son milieu naturel. Sur l’histoire récente des peuples amérindiens, Philippe Descola répond à l’idée que les civilisations et les hommes se positionnent de manière transgressive lorsqu’ils répondent aux logiques de marché. Au sens anthropologique, transformer des biens de subsistance en marchandise est un phénomène singulier. C’est pourtant notre quotidien.

« Transformer des biens de subsistance en biens de marchandise est très étonnant » (Philippe Descola)

Les phénomènes d’appropriation de la Nature amène l’historien des sciences Christophe Bonneuil à l’idée d’une destruction des milieux et des écosystèmes comme non substituante. L’espèce humaine étant une force géologique, « à l’heure de l’anthropocène, on a besoin de reconstruire un droit pour la terre et les peuples qui l’habitent », affirme Bonneuil.

Interview : Emmanuel Morreira Radio Grenouille